Tadikoi ?

Attrapée ! par Caroline Rebillout

L’accueil et la présence en acte auprès de Julia va la conduire d’ à être moins seule et d’entrer dans le monde.
À maintenant onze ans, Julia est une grande jeune fille remuante, très au travail de la question de la présence et de l’absence des petits autres, et de ce qui va se passer pour elle dans la journée, ou le lendemain. Ceux qui sont là, pas là, les ateliers qui vont avoir lieu sont prétextes à de petits échanges avec nous impensables il y a encore quelques mois.

Arrivée à l’âge de quatre ans, Julia était un cri. D’un bout à l’autre de l’hôpital de jour l’Île Verte, c’est ce qu’elle faisait entendre. Elle était entourée de regards, de voix bienveillantes, un déchaînement du corps accompagnait alors ce cri, que seule la soustraction aux regards inquiets pouvait apaiser.

L’énoncé de l’Autre maternel la traversant constitua pour elle un début de langage et d’échange avec nous, qui devions l’incarner sur ses indications. Accompagné par quelques mots prononcés dans le but plus utilitaire de nous mettre à distance, ainsi que de sa lalangue, son langage dut attendre la rencontre avec un petit autre quelques années plus tard, pour aller davantage du côté d’une énonciation propre. Entre-temps, un travail passant par la trace et la représentation lui permit de se séparer d’objets de sa maison. Le cri s’apaisa, et Julia put se saisir d’objets de l’institution.

Puis arriva Maxime. Porteur d’un objet indissociable de son corps, tout comme l’avaient été ses divers objets à elle, elle entreprit de le lui prendre. Rapidement arriva la nomination de ce petit garçon. Jusqu’à ce que « Maxime attrape Julia ! » remplace le fait de lui prendre son objet. Elle put ensuite adresser cela à quelques autres enfants. Il y avait là quelque chose à entendre et à « attraper » véritablement : rapidement toute l’équipe de l’Île Verte se prêta au jeu, chacun accepta de partager avec elle quelques courses dans le jardin. On lui indiqua les prénoms des enfants, puis celui des adultes, afin de s’assurer qu’elle reçoive des réponses à ses sollicitations. Elle s’en saisit, puis utilisa la nomination à d’autres fins : « Caroline, regarde Julia trottinette ! » ou « Joëlle, regarde y’a Julia y pleure ! ». Ce furent des petites phrases dont elle semblait davantage sujet que Julia fit entendre, au milieu de ses rires lorsqu’elle tentait de se faire attraper !

Cette période a constitué un tournant pour elle, lui permettant une entrée dans un monde où elle est moins seule. Actuellement c’est une jeune fille qui, bien que souvent traversée par des scènes de dessins animés qu’elle incarne de tout son corps, peut nous adresser des questions la concernant, « Demain y’a piscine ? Y’a pas piscine ? », ou simplement nous signaler : « Aujourd’hui Maxime il est pas là ! »