Tadikoi ?

Les bulles, ça s’envole ! par Isabelle Chevrier

L. ne peut se séparer de sa mère mais il est sensible à l’objet et aux mots que la psychologue lui adresse ; et cela ne sera pas sans effet.

L., dix-huit-mois, n’arrive pas à se séparer de ses parents. Chaque matin, lors de la séparation les pleurs sont systématiques et il lui faut un long moment avec les éducatrices avant de s’apaiser. Je rencontre la mère de L. à la crèche où je travaille en tant que psychologue. En dehors de cet impossible séparation, elle m’apprend que son fils est tout le temps malade.

Je vais chercher L. Auprès de sa mère, il me montre qu’il veut le jouet des bulles de savon. Alors que je me fais l’instrument de L. en soufflant et créant des bulles, je lui parle de ma rencontre avec sa mère, et des bulles que je sépare de leur « base ». Puis je lui tends l’appareil, et l’invite à ce qu’il fasse lui-même des bulles.

Après quelques essais infructueux, L. réussit ses premières bulles. Je ponctue alors d’un : « Ah, mais voilà ! Tu as réussi à séparer la bulle. Elle s’est détachée et elle s’envole maintenant ! » L. jubile en regardant sa bulle, et il n’aura de cesse de vouloir réitérer son exploit. Je mets fin à la rencontre, en permettant à L. de ramener ce jouet sur son groupe. Pour la première fois, L. se sépare de sa mère sans pleurs, tout occupé à séparer les bulles de l’appareillage du jouet.

Une semaine plus tard, je croise la mère dans le couloir, qui m’apprend  que L. n’a plus jamais eu de problème à se séparer d’eux.

Quel effet mon intervention, mon initiative aura-t-elle eu sur son corps ? Pour le moment, il est trop tôt pour le savoir. Dans la rencontre, c’est l’accueil de la demande de jeu qui a eu une portée pour L.