Initiatives

Planter le décor par Céline Aulit

Ce sujet réduit par l’Autre maternel à « l’objet d’existence » sort de son repli quand l’intervenant prend à son compte la solution de l’enfant pour s’en servir.

Au quotidien, Théo ne fait pas semblant d’être le présentateur du loto ou l’employé des chemins de fer annonçant les retards, il y est entièrement plongé. Il disparait derrière cette voix qui assène à qui veut bien l’entendre les chiffres gagnants du loto. Une disparition du sujet derrière ces S1 qui s’imposent à lui sans une articulation à un S2 qui lui donne accès à un discours établi et vienne régler sa position de sujet. Il est ainsi laissé à une place d’objet que se disputent depuis toujours sa mère et sa grand-mère pour qui Théo est « l’objet d’existence » pour reprendre les termes de Lacan dans sa lettre à Jenny Aubry. Confronté au trop de présence de l’Autre, Théo a dans un premier temps de sa petite enfance, eu recours au repli autistique avant de s’ouvrir au moment où il est arrivé au Courtil. Il en est maintenant à un état que l’on pourrait qualifier de « verbeux » pour reprendre le terme de Lacan, où il utilise la langue sans pour autant qu’il y ait une énonciation. Dans les deux cas, l’Autre semble annulé dans l’affaire.

Comment passer de la circulation des signifiants dont Théo est le pantin à l’écriture d’une petite histoire qui fasse lien au monde ? Dans son pas de plus, Laurent Dupont nous dit que le troisième temps de l’interprétation vise non plus le sens, mais le Un-tout-seul, via l’homophonie, la syntaxe et la grammaire. Nous sommes partis de ce que Théo amène lui-même, à savoir la voix du présentateur de jeux télévisés ou de la SNCF d’une part, et l’imaginaire qui s’enroule tout autour, d’autre part.

Lorsque nous remarquons qu’il va se perdre dans sa succession de signifiants, nous plantons un décor pour en faire une histoire dont il pourra se défaire quand la fin de la scénette sonnera. Ainsi un atelier cuisine s’est un jour transformé en petite représentation théâtrale. Nous avons proposé à Théo qu’il monte sur scène, aux autres qu’ils soient les spectateurs de cette scénette qui aurait un début, une fin, des applaudissements afin d’en faire un moment qui soit pris dans un discours. Ce moment a inauguré la participation de Théo à l’atelier semblant qui prend place chaque vendredi où, avec l’aide d’un intervenant, Théo construit une petite scénette qu’ils jouent ensemble par la suite et dont Théo peut par cette occasion se délester. De même, lorsque nous avons invité le directeur à un petit goûter de Noël, Théo avait revêtu son costume d’apparat du serveur, transformant le groupe de vie en restaurant après avoir confectionné les menus, disposé les tables etc. C’est ce qui lui a permis d’être parmi nous et de ne pas engloutir la nourriture tel qu’il le fait à l’atelier cuisine. Une autre piste vise à ce qu’il puisse prendre part à sa façon à l’élaboration du journal du Courtil dans lequel paraît ce que Théo le journaliste, souhaite transmettre aux lecteurs du journal.

Toutes ces pistes de travail sont autant de tentatives d’articuler cette série de signifiants non pas dans une idée d’y trouver un sens mais bien plutôt de permettre une halte à la jouissance de ce S1 tout seul qui fonctionne comme un écho.